Module 2

Ma carte de vigilance rénale (KDIGO)

Deux chiffres suffisent pour situer vos reins : la vitesse de filtration () et la fuite d'albumine dans les urines (). Une couleur ne dit jamais votre destin : elle indique la fréquence du suivi et l'intensité de la protection.

Je saisis mes valeurs

Fuite de protéines dans les urines (Albuminurie / RAC)

Recherchez sur vos résultats d'analyses d'urine la ligne « Rapport Albuminurie / Créatininurie » ou « Microalbumine/créat ».

Vous pouvez aussi simplement cliquer directement sur une case de la grille ci-dessous.

Grille KDIGO — filtration (lignes) × albuminurie (colonnes)
Filtration (DFG)A1< 30 mg/gNormal — pas de fuite du filtreA230 – 300 mg/gMicroalbuminurie — fuite débutanteA3> 300 mg/gMacroalbuminurie — fuite significative
G1≥ 90 mL/minFonction rénale normale ou optimale
G260 – 89 mL/minBaisse légère
G3a45 – 59 mL/minBaisse modérée
G3b30 – 44 mL/minBaisse modérée à avancée
G415 – 29 mL/minBaisse sévère
G5< 15 mL/minInsuffisance rénale terminale
  • Zone de croisière
  • Vigilance modérée
  • Protection renforcée
  • Suivi spécialisé rapproché

Comprendre la matrice KDIGO : deux chiffres pour voir clair

La grille croise deux mesures complémentaires : l'une se fait par une prise de sang, l'autre par un simple échantillon d'urine. Lues ensemble, elles décrivent le filtre rénal bien mieux qu'un chiffre isolé.

Le DFG : la vitesse de filtration

Vos reins contiennent environ un million de minuscules filtres, les glomérules. Le débit de filtration glomérulaire (DFG) mesure la vitesse à laquelle ils nettoient le sang : combien de millilitres sont débarrassés de leurs déchets chaque minute. C'est un peu le compte-tours de votre moteur rénal. Une baisse de ce chiffre, confirmée deux fois à trois mois d'intervalle, signale que le filtre tourne plus lentement.

Le RAC : l'étanchéité du filtre

Un filtre en bon état retient l'albumine, la protéine la plus abondante du sang. Le rapport albumine/créatinine urinaire (RAC) mesure la fuite : quelle quantité d'albumine passe au travers, rapportée à la créatinine des urines pour qu'un seul échantillon suffise. Cette fuite s'installe souvent avant la baisse de filtration — c'est l'alerte la plus précoce, et aussi le premier chiffre que les traitements protecteurs font baisser.

En résumé : le DFG dit à quelle vitesse vos reins filtrent, le RAC dit s'ils filtrent de façon étanche. Une filtration conservée peut s'accompagner d'une fuite, et une filtration un peu lente peut rester bien étanche : c'est pourquoi les deux chiffres se lisent toujours ensemble.

Que signifient les couleurs (vert, jaune, orange, rouge) ?

Elles n'annoncent jamais une fatalité. Elles règlent deux choses très concrètes : l'intensité de la néphroprotection à mettre en place et le rythme des prises de sang de surveillance. Deux patients d'une même couleur peuvent avoir des trajectoires très différentes ; la teinte ne prédit pas l'avenir, elle organise le suivi.

Zone de croisière

Risque faible. Rien d'inquiétant : l'objectif est simplement de garder ce cap dans la durée.

Rythme de surveillance : Bilan sanguin et urinaire une fois par an.

Vigilance modérée

Risque légèrement augmenté. Ce n'est pas une urgence : c'est le moment favorable pour optimiser.

Rythme de surveillance : Contrôle 1 à 2 fois par an (créatinine, RAC urinaire, potassium).

Protection renforcée

Le risque de progression est réel, mais c'est précisément là que les traitements sont les plus efficaces.

Rythme de surveillance : Surveillance 2 à 3 fois par an, avis néphrologique recommandé.

Suivi spécialisé rapproché

Risque élevé de progression. Un suivi néphrologique dédié change concrètement la trajectoire — beaucoup de patients restent des années stables à ce stade.

Rythme de surveillance : Consultation de néphrologie tous les 3 à 4 mois.

À retenir : plus la teinte se réchauffe, plus la protection doit être active et les contrôles rapprochés — et plus les traitements ont de marge pour agir. Une case orange ou rouge est précisément celle où la néphroprotection apporte le plus.

Foire aux questions des patients

Mon stade peut-il s'améliorer ou se stabiliser ?

Oui — la stabilisation est même le scénario le plus fréquent, surtout aux stades précoces. Une partie des variations du chiffre vient simplement des conditions de mesure : hydratation, masse musculaire, laboratoire, formule utilisée. C'est pourquoi un stade ne se retient que sur deux mesures espacées d'au moins trois mois. Un chiffre qui stagne pendant des années est un très bon résultat.

Les traitements protecteurs agissent sur les deux colonnes de la grille : les IEC ou ARA2 baisse la pression à l'intérieur du filtre et la fuite d'albumine, les gliflozines (iSGLT2) ralentissent la perte de filtration, et le contrôle de la tension, du sel, du diabète ainsi que l'arrêt des anti-inflammatoires (AINS) allègent la charge de travail. Une albuminurie qui diminue est souvent le premier signe visible que le filtre est mieux protégé, parfois avant que le DFG ne bouge. Rien n'est garanti à titre individuel, mais plus la protection est mise en place tôt, plus la probabilité de rester stable longtemps est élevée.

Quand faut-il consulter un néphrologue ?

Trois signaux suffisent, en pratique, à justifier un avis spécialisé :

  • Une case en zone rouge, ou une case orange qui se réchauffe d'un contrôle à l'autre.
  • Un déclin rapide : plus de 5 mL/min de perte par an, ou une baisse nette entre deux prises de sang.
  • Une albuminurie importante (stade A3, au-delà de 300 mg/g) ou qui persiste malgré le traitement.

Dans les autres situations, votre médecin traitant assure le suivi et vous adressera si besoin. Consulter un néphrologue n'est pas le signe d'une aggravation : c'est un contrôle technique pour vérifier que la protection est bien réglée et discuter les traitements les plus récents.